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Quelle profession est plus à l’abri de l’ubérisation que notre coiffeur?

C’est un métier de proximité, pas délocalisable, où le contact humain est important et qui est réglementé. Et à moins que l’iPhone 8s soit équipé d’un laser, ce n’est pas demain que vous aurez une appli qui vous coupe les cheveux.

Le salon Sup’hair se sent donc peu concerné par la révolution numérique…

2010

Examinons la chaine de valeur très simplifié de Sup’hair. Les fournisseurs approvisionnent le salon avec l’eau, l’électricité, les produits capillaires, etc. Tout cela est utilisé par les employés du salon pour coiffer les clients. Le salon quant à lui fournit le local, le matériel, recrute le personnel, assure la gestion et le marketing.

Chaine de valeur du salon

C’est une machine bien rodée qui génère de la valeur. Le patron a lâché ses ciseaux pour se consacrer à la gestion et il caresse l’idée d’ouvrir un second salon. Il y a bien sûr des tentatives de quelques concurrents mais comme ils proposent un service et un prix similaires, les clients ne changent pas leurs habitudes et continuent d’aller chez Sup’Hair.

La concurrence existe mais elle se bat avec les mêmes armes

2015

Les clients commencent à être habitués à faire leur course en ligne, à réserver leur location de vacances en ligne et à chercher l’amour en ligne. Bref, ils vivent de plus en plus dans le monde Internet. Ils en viennent à se demander pourquoi ils ne peuvent pas réserver et payer leur coupe en ligne. Le patron a vaguement conscience de cette évolution mais il se dit qu’il n’y a pas urgence.
L’écart entre les attentes des clients et le service fourni par le salon commence à se creuser.

Les clients passent dans le numérique, le salon ne suit pas

2016

La startup « HairBooking.com » voit le jour à New York. Elle propose une plateforme de réservation pour les salons de coiffure. Peu de temps après, un bureau est ouvert à Paris et le commercial contacte Sup’Hair pour lui proposer d’être parmi les premiers membres pour seulement 5% de commission sur le CA amené. Le patron voit là une bonne occasion d’augmenter son activité tout en se déchargeant des aspects techniques de la réservation en ligne et du webmarketing. Son métier c’est de coiffer, pas d’apprendre l’informatique ou de faire le guignol sur Snapchat !

HairBooking profite de la distance grandissante entre les clients et le salon pour s’insérer dans la chaîne de valeur

2018

Les millions investis par HairBooking en technologie et webmarketing paient. Les particuliers adorent ce site moderne, facile d’utilisation et qui soigne la relation client. Les informations collectées par le système (nature de cheveux, âge, fréquence des coupes, plage horaire préférées, coiffeur préféré, etc.) permettent non seulement de proposer des RDV pertinents mais aide également à vendre des soins capillaires. La fréquentation du site ne cesse d’augmenter et la startup détient maintenant 30% du marché de la coiffure.
En septembre le patron reçoit un email lui indiquant que la commission d’HairBooking passe désormais à 15% et qu’il a obligation de participer aux actions de promotions de la plateforme. Le patron, furieux, envisage de quitter HairBooking mais la perte de CA serait telle que le salon sombrerait. Mieux vaut se serrer la ceinture que mourir.

HairBooking contrôle maintenant le marché

2019

Une autre startup, Stylebee, en gestation depuis 2014 aux USA débarque en France. Son modèle est différent de HairBooking puisqu’elle propose aux particuliers de se faire coiffer à domicile. Le site présente une liste de coiffeurs à proximité avec leur profil et les avis des clients. Les coiffeurs ne sont pas salariés de Stylebee mais indépendants. Pas de locaux, pas de fournitures (l’eau et l’électriité sont payés par le client et le matériel par le coiffeur indépendant), masse salariale très réduite, optimisation fiscale, Stylebee peut offrir des revenus plus importants que Sup’Hair aux coiffeurs à domicile tout en affichant des prix plus intéressants. Les employés les plus dynamiques et les plus talentueux décident de tenter l’aventure.

L’ubérisation fait exploser le salariat

2020

Le patron de Sup’Hair s’est remis à assurer les coupes. Il survit mais ne se sent plus vraiment patron, en fait il est plus un sous-traitant de HairBooking que véritablement un commerçant. Parfois il s’en prend à la mondialisation, à Internet, à la technologie, au gouvernement qui ne l’a pas protégé des ogres américains, mais au fond de lui il sait que si 5 ans auparavant il s’était donné un peu plus de mal pour coller au train de ses clients lorsqu’ils ont glissé dans le numérique, si l’ensemble de la profession s’était ubérisée avant de se faire ubériser, les choses seraient certainement différentes aujourd’hui.

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